La montée en puissance d’Israël et les enjeux qu’elle pose au Moyen-Orient

Le Moyen-Orient vit aujourd’hui une restructuration des rapports de force, en particulier entre trois puissances régionales, l’Iran, la Turquie et Israël, avec des conséquences profondes sur les autres acteurs. La région avait connu une première redistribution à la suite de l’entrée des troupes américaines en Irak en 2003, qui avait eu pour conséquence l’éclatement du pays en entités confessionnelles. En outre, si l’arrivée des printemps arabes fin 2010 avait été saluée comme un événement libérateur, elle avait cependant provoqué une série de crises voire de guerres civiles dans plusieurs pays. Cette déstructuration de nombreux états arabes avait ainsi fragilisé l’architecture régionale (le « système des états arabes » basé sur les frontières héritées du colonialisme européen) et permis le retour en force des anciennes puissances impériales, la Turquie et l’Iran. Si la République islamique d’Iran élargit alors sa sphère d’influence, en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen et à Gaza, la Turquie, de son côté, elle met également le pied en Libye, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Somalie et au Qatar (où elle dispose d’une base militaire), sans oublier Gaza où le Hamas, issu de la mouvance des Frères musulmans, n’est pas éloigné, dans ses fondements idéologiques, du parti AKP du président Erdoğan. La région vit cependant aujourd’hui un nouveau basculement avec l’entrée en scène d’Israël à la suite de l’attaque du 7 octobre 2023, dont les conséquences se font sentir bien au-delà de Gaza. C’est en effet à une vaste montée en puissance d’Israël que l’on assiste, de la Méditerranée jusqu’au golfe d’Oman et à l’océan Indien, sans oublier le Caucase. Tel-Aviv a mis ainsi en place des accords sécuritaires avec la Grèce et Chypre, avec la possibilité de déploiements conjoints de troupes en cas de crise. Il entretient également des liens avec le Kurdistan irakien, ainsi qu’avec […]